Un arrêt à Battambang

20/02/2017 - Pays : Cambodge - Imprimer ce message

Pour couper la route vers Phnom Penh, nous nous arrêterons deux nuits à Battambang.  Nous réservons deux places dans un autobus de touristes dans lequel nous sommes finalement les deux seuls touristes, en compagnie d'une dizaine de Cambodgiens.  Une dame âgée se prend de sympathie pour Pierre et multiplie à son intention les sourires à moitié édentés. En cours de route, elle se met à crier en direction du chauffeur. Quelques secondes plus tard, l'autobus s'immobilise et la dame en descend.  Elle retrousse sa jupe et fait un petit pipi sur le bord du chemin, à deux pas du bus, se souciant peu de s'offrir en spectacle à nous comme aux autres passagers qui attendent qu'elle soit soulagée pour qu'on puisse repartir.  Comme on dit: où y'a de la gêne y'a pas de plaisir !

Battambang est une ville pauvre dont on a vite fait le tour mais qui nous a réservé de belles surprises.  Nous avions retenu les services d'un chauffeur de tuk tuk pour nous servir de guide toute une journée.  Et quelle journée ! Nous sommes partis avec Bun à 9h30 et nous avons tuk-tuké jusqu'à 19h.

Bun nous a d'abord conduit chez une dame âgée (oh! My God! Elle n'a qu'une dizaine d'années de plus que nous !) qui fabrique des cigarettes à la main: 2000 par jour !  Elle dit qu'elle a développé une dépendance à la chose, elle fait ça toute la journée depuis qu'elle a 12 ans.  Elle nous explique qu'elle a été mariée à 16 ans à l'homme choisi par ses parents et dont elle est tombée amoureuse à la naissance de leur 1er fils (ils ont eu 4 fils).  Les cigarettes ont sauvé la vie de son homme.  Lorsque les Khmers Rouges dominaient le pays, elle a eu la vie sauve parce qu'elle était leur "pusher" de cigarettes.  Lorsque des Khmers Rouges ont voulu tuer son mari, d'autres sont intervenus en sa faveur parce qu'il était le mari de la dame aux cigarettes.  Les cigarettes sont ses amies, elles ont payé l'éducation de ses fils et sa maison dont elle est bien fière. Elle-même est non-fumeuse mais elle chique un peu.  Elle voulait qu'on voit son terrain, elle nous a emmenés derrière chez elle et nous a présenté son mari, un traitement spécial auquel nous avons eu droit.  On doit être fins!

Ensuite, Bun nous a présenté une fabriquante de bananes séchées, une famille qui fabrique des vermicelles de riz, une dame qui fait des bâtons de riz sucré, une usine à "fromage" qui est en fait de la pâte de poisson très utlisée en cuisine khmer et qui est dégoûtante pour nous occidentaux.  Toutes de sympathiques rencontres avec du vrai monde du Cambodge. Battambang n'est pas très touristique, les gens ne sont pas blasés.

Entre chaque visite, Bun nous a jasé et c'était toujours intéressant.  Il nous a entre autres expliqué comment, lors des dernières élections, le gouvernement mis en place par les Vietnamiens il y a 30 ans et toujours là, avait promis un scrutin honnête et transparent parce que les Cambodgiens en ont assez de la corruption et des politiques qui favorisent le Vietnam.  Le vote s'est "bien" déroulé, les élections étaient retransmises par la télévision en direct.  Les résultats partiels montraient une large avance en faveur de l'opposition, tous les espoirs étaient permis quand tout à coup pouf! Panne d'électricité généralisée dans tout le pays ce qui ne s'était jamais produit.  La panne a duré 2 heures.  Quand le courant a été rétabli, le gouvernement a annoncé à la télévision que le décompte des votes était complété et qu'il était réélu. Pour 5 ans.  Devant la grogne de la population, le terme a été raccourci.  Élections prévues en 2018. Nous suivrons ça avec intérêt.

Vers la tombée du jour, nous sommes allés aux "Killing Caves", des grottes profondes bordées de précipices.  Au fond des ces grottes, des centaines de squelettes ont été retrouvés après le règne des Khmers Rouges qui y poussaient les gens qui s'écrasaient au fond, les uns sur les autres.  Un endroit très lugubre.

Tout à côté, toujours vers la même heure à chaque jour, les gens assistent à la sortie de chauve-souris qui s'envolent par milliers au crépuscule pour aller se nourrir.  Pendant près de 45 minutes, elles quittent la grotte dans une nuée ininterrompue.   Quelque chose à voir.

Battambang nous laissera un bon souvenir. 

Il faut maintenant rejoindre la capitale, Phnom Penh.  Une étape incontournable mais qu'on redoute un peu. Mais go: faut ce qu'il faut !

Ça ne devrait pas être si terrible puisque le monde est beau ! 

 


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Par Jacinthe
le 08/03/2017 à 04:03:14
Ouf ! Je crois que je préfère les volés d\'outardes au chauve-souris. Impressionnant en photo, j\'image qu\'en leur présence cela peut donner froid dans le dos.
Par Pierre
le 11/03/2017 à 12:47:26
C\'est assez impressionnant en effet. Je te le dis, des dizaines de milliers de chauve-souris pendant au moins quarante minutes qui sortent de la grotte. C\'est pas nécessairement plus beau qu\'une belle volée d\'outardes, mais c\'est vraiment quelque chose à voir.
Par Jean audet
le 10/03/2017 à 19:04:35
Récit très intéressant, vous avez été chanceux de connaître une partie de leurs préoccupations ainsi que leurs histoires, je trouve cela très intéressant pour nous, en fin de compte la corruption est partout et les situations de guerre ne sont jamais drôles. Je remarque dans les photos qu\'on vous fais travailler, si vous avez des soucis d\'argent n\'hésitez pas, on est pas loin!
Par Pierre
le 11/03/2017 à 13:01:29
Oui très drôle, mais tu sais tu peux toujours m\'en envoyer quand tu veux, on refuse pas ça :-) Leur histoire est omniprésente. On en voit des marques partout, mais on sent aussi leur désir de s\'en sortir malgré tout. On va suivre leurs élections de 2018 c\'est certain.

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